Esther Bol était connue en Russie sous le nom d'Assia Volochina. Ses pièces étaient jouées sur les principales scènes des plus grands théâtres du pays ; aujourd'hui, elles sont interdites, et son nom est effacé, voué à un oubli forcé. C'est la conséquence du soutien de l'autrice à l'Ukraine et de sa prise de position contre la guerre. Pour marquer la radicalité de sa rupture avec sa patrie, la dramaturge a officiellement changé de nom. Assia Volochina est morte.
L'auteur morte est un terrain fécond d'exploration artistique. L'identité s'est éteinte, mais le corps de textes est resté. Cette rupture permet à la voix de surgir à nouveau. Dans une langue étrangère et dans un dispositif où tout drapé de la nudité devient absurde.
La métaphore employée est très corporelle et très féminine. La dramaturge compare ses pièces à des enfants qui naissent déjà adultes. À peine nés, ils partent vivre leur vie d'adultes auprès des metteurs en scène. Dans «NUE», le mouvement s'inverse. Sous les yeux du spectateur, l'autrice-performeuse s'efforce de reprendre possession de ses pièces, comme s'il était possible de faire rentrer des embryons dans le ventre maternel. Les trajectoires des personnages s'entrelacent en un écheveau narratif fait d'amour, de passion, de désir, de désir, de désespoir, de guerre, de lutte pour son identité et de nudité.
NUE
